
C’est à André Dhôtel que je dois ce double bonheur : d’abord la découverte des Routes blanches, roman publié chez Gallimard en 1963, puis la rencontre avec son auteur, Jacques Céret, dans sa maison de la vallée de l’Yonne, en 2013.
Retrouver Jacques Céret cinquante ans après Les Routes blanches n’a pas été une mince affaire. Bien peu de pistes, en dehors de deux lignes concluant la quatrième de couverture : Jacques Céret, né en 1928, est instituteur dans l’Yonne. Un appel à Gallimard ne donne rien : l’éditeur n’a plus de nouvelles de Jacques Céret depuis 25 ans environ. Puis une entrée du Catalog of Copyright Entries (Third Series: 1963: July-December) de la Library of Congress des États-Unis livre un nom, Roger Lechat, celui que porte Jacques Céret dans le monde dit réel, sous lequel ses élèves ont dû le connaître. Sans être très répandu, ce nom est commun à plusieurs habitants de l’Yonne, et mes premières tentatives par le biais de numéros trouvés dans l’annuaire téléphonique manquent leur but. Mais après plusieurs échecs, un beau matin – ô miracle – je parle à celui qui m’a offert, à un demi-siècle de distance, ce grand bonheur de lecture. Dans le grand jardin d’Escolives-Sainte-Camille, dont il s’occupe quotidiennement, nous avons évoqué André Dhôtel, le plaisir de vivre à la campagne, et celui d’écrire, encore et toujours, car pour Jacques Céret, le Rêve est la vraie vie. Au sujet des Routes blanches, il dit : « J’étais jeune, je l’avais écrit avec fougue, sans méthode, sans calcul. Aujourd’hui, la sagesse étant venue, le style a changé. J’écris plus par plaisir que par besoin, je choisis patiemment mon vocabulaire. J’espère que les histoires couchées sur papier n’ennuieront pas trop les lecteurs éventuels ».